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Coronavirus: Santé et éducation, le Maroc face au grand test de la digitalisation d’utilité publique

Par Mohamed Douyeb, président cofondateur Digital Act. A Taïwan, des élèves ont inventé un petit robot distribuant du gel hydro-alcoolique aux enfants pour réduire les risques de transmission du coronavirus. Imaginez cette scène dans nos écoles ! L’impact en matière de sensibilisation est énorme dans une conjoncture marquée par la propagation du coronavirus. Face à la crise sanitaire mondiale provoquée par l’accélération du covid-19 (plus de 150.000 personnes contaminés et 6.420 décès), les Etats n’avaient d’autre choix que d’adopter des mesures drastiques se traduisant par des états d’alerte, mises en quarantaine, confinements, suspensions des vols internationaux de passagers, fermetures de commerces non indispensables…

L’humanité traverse un moment difficile qui nécessite des sacrifices et un grand élan de solidarité de la part de la population. Face à cette situation, le travail, la scolarité, les études, le divertissement… c’est tout le rythme de vie qui va être chamboulé, pendant des semaines, voire plus... Sommes-nous prêts pour tout cela ? Ce qui est sûr, c’est que nous sommes amenés à (ré)apprendre à adopter un mode de vie différent. Mais tout n’est pas aussi sombre. Heureusement, nous avons internet et les réseaux sociaux. Imaginez un instant, si de tels outils n’existaient pas ! Comment s’informer, suivre, gérer une telle situation critique et décider des dispositions à prendre ? L’information et le partage sont des biens précieux tout en faisant attention au virus de la désinformation qui se propage plus vite que celui du Covid-19 !

Face à cette situation sanitaire grave et exceptionnelle, la numérisation s’impose comme un remède pour garantir la continuité des services publics, à commencer par la santé et l’éducation. Au niveau du secteur de la santé, le ministère de tutelle et l’ensemble des services ont été bousculés à l’image de plusieurs pays mieux équipés que le Maroc et dotés d’infrastructures sanitaires plus solides. S’il faut louer la veille et surveillance épidémiologique, la mobilisation du staff médical, l’accès à l’information, la communication régulière et la sensibilisation dans les médias publics, il y a lieu d’investir dans des dispositifs numériques à la hauteur de la situation.

Remède à forte dose numérique

Pour s’en rendre compte, revenons à l’exemple de Taïwan. Située à seulement 130 kilomètres de la Chine, cette île de 23 millions d’habitants a pu contenir le coronavirus grâce une politique sanitaire volontariste contenant une forte dose numérique. Un exploit applaudi par les médias internationaux. 50 cas, 1 décès et plus de 40% des personnes infectées rétablies, le bilan est honorable. Au-delà de l’infrastructure sanitaire et l’accès abordable aux soins, la veille installée grâce notamment aux données mobiles et tests réguliers a permis d’atteindre ce résultat remarquable. Le Taïwan a appris la leçon de l'épidémie de SRAS qui avait causé la mort de 73 personnes en 2003. Le dispositif comprend une batterie de mesures, à commencer par l’installation de moniteurs de température dans les aéroports pour dépister la fièvre chez les voyageurs. Ces derniers peuvent partager leurs antécédents de voyage et santé à travers un code QR exploité par les autorités compétentes pour classer les risques infectieux des voyageurs en fonction de l'origine du vol et de l'historique des voyages au cours des 14 derniers jours. Pour les personnes qui ne se sont pas rendues dans des zones à haut risque, elles ont reçu un code de déclaration sanitaire par SMS pour accélérer le dédouanement. Celles qui s'étaient rendues dans des zones à haut risque ont été mises en quarantaine dans leur domicile et suivies via leur téléphone portable.

Big data, open data, données personnelles…

La disponibilité des données (big data, open data) et leur analyse sont capitales pour gérer dans les meilleures conditions des situations sanitaires de l’ordre du Covid-19. A ce titre, le Maroc a un énorme chantier à investir. Une politique publique dans ce domaine est vitale et doit prendre en compte les enjeux de la protection des données médicales. Des leviers importants sont à actionner : accélérer l’inclusion numérique (1 Marocain sur 2 a accès à internet), sensibilisation de la population, formation des professionnels publics et privés de la santé pour s’approprier le numérique. Bref, il nous faut un projet politique digne et noble dans ce domaine. A côté de l’enjeu capital de la santé, la continuité du service de l’éducation nationale constitue un challenge majeur.

A l’image de plusieurs pays, le Maroc a décidé de la fermeture des établissements scolaires et d’enseignement publics et privés jusqu’à nouvel ordre. Judicieuse, la décision est tombée comme un couperet ! Quid des alternatives face aux préoccupations légitimes des élèves et des parents ? Dans un communiqué, le ministère de l’Education nationale a annoncé qu’il veille à la mise en œuvre de mesures pour garantir la continuité pédagogique et l'apprentissage scolaire pour tous les apprenants, au moyen de ressources numériques et audiovisuelles via la plateforme TelmideTICE et la chaîne publique Aarrabiya. On apprend que les modalités d'accès aux cours seront dévoilées dans les jours à venir. Le chef du gouvernement a annoncé, à ce propos, qu'une équipe de 30 personnes comprenant des inspecteurs et des enseignants, est en train de finaliser le système d'enseignement à distance et qu'une partie des cours sont prêts. Encore une fois, il faut applaudir le niveau de réactivité des pouvoirs publics. En attendant le déploiement du système éducatif à distance et les premiers retours, il s’agit d’un premier test décisif qui doit donner lieu à des perfections à l’avenir.

A l’image de la santé, l’investissement public dans la digitalisation de l’enseignement n’est plus un luxe. Tous les élèves marocains ne disposent pas des conditions nécessaires pour suivre une scolarité à distance. Face à cette contrainte, cette opération est le premier test grandeur nature de la digitalisation de notre système d’éducation. La gestion de la crise de la propagation du coronavirus doit constituer une opportunité pour s’approprier sérieusement le sujet du numérique comme un instrument de promotion et de développement de l’enseignement et de partage de savoirs. Dans sa feuille de route 2020-2025, l’Agence de développement du digital place l’éducation et la santé comme des priorités hautes : utilisation des nouvelles technologies pour le développement de l’accès à l’éducation et à la formation, amélioration de la prise en charge des patients à travers notamment la mise en place du dossier médical électronique pour faciliter le partage d’information et le suivi médical des patients. Sur le papier, ces mesures paraissent incontournables et faciles à déployer. Il faut donc une volonté politique. C’est aux gouvernants et décideurs politiques d’agir vite à travers des politiques ambitieuses et inclusives. Mais bien avant, il faut répondre à une question cruciale : A quelle nation digitale aspirons-nous ?

http://www.economie-entreprises.com/e-administration-priorite-en-voie- daffirmation/